LES INVENTIONS

Esthétique et combinaisons sonores

Si l'hydraule de l'ingénieur Ktésibios (circa 300 avant J-C) ne comprenait que quelques tuyaux à commande directe, les constructions actuelles sont capables d'échafauder des combinaisons complexes et même de s'affranchir, grâce à l'informatique, de l'équation 1 clavier = 1 plan sonore. L'orgue "moderne" est né au XIVe siècle avec l’invention du sommier à registres, où plusieurs jeux pouvaient se regrouper sous la commande d'un même clavier. C'est ainsi que l'orgue est proprement devenu polytimbral, puisqu’il était désormais possible de jouer ensemble plusieurs timbres différents que l'on pouvait mélanger à loisir. 

L'orgue polytimbral (plusieurs registres ouverts en même temps) et polyphonique (plusieurs notes simultanées) allait par la suite se développer pour atteindre une sorte d'âge d'or aux XVIIe et XVIIIe siècles. Une révolution s'est ensuite opérée au milieu du XIXe siècle avec l'avènement de la fée électricité et les instruments symphoniques d'Aristide Cavaillé-Coll, défendus par César Franck notamment. Un siècle plus tard, l'idée d'un orgue universel donna naissance à des instruments néo-classiques, dont Norbert Dufourcq – avec la maison Gonzalez – s'est fait l'apôtre à la suite de Gaston Litaize et d'André Marchal. Plus près de nous, l'informatique a ouvert de nouvelles perspectives à la programmation de la registration et aux combinaisons sonores quasi infinies. L'orgue de Notre-Dame de Paris s'en est fait le défenseur (en essuyant les plâtres des caprices de matériels informatiques très peu fiables!), avant que la Philharmonie de Paris et le grand auditorium de la Maison de la Radio (2016) se dotent d'instruments intégrant l'informatique dès leur conception. 

La machinerie évolue

La traction mécanique est la plus ancienne, mais aussi la plus sûre: le tirant est relié mécaniquement au registre. Il suffit de le tirer vers soi pour ouvrir le registre, et de le repousser pour le fermer. Dans l'orgue classique italien, le registre est un levier qui se déplace latéralement (généralement de gauche à droite) et que l'on bloque dans une encoche. En le sortant de son encoche, il est rappelé à sa position d'origine par un ressort. Ce mécanisme est souvent utilisé pour les cuillers d'accouplement ou de Tirasse. C'est le cas à Saint-Thibaut, où la cuiller du Tremulant fonctionne aussi de cette manière.

La traction pneumatique: l'appel peut se faire par un tirant ou par un domino à bascule. La tringlerie est remplacée par un tube qui envoie de l'air sous pression vers un piston placé dans l'axe du registre qu'il ouvre ou qu'il ferme. La machine de Charles Spackman Barker (1804-1879), associée aux innovations importantes apportées par Cavaillé-Coll, en allégeant le toucher des claviers accouplés (cinq pour 69 jeux à la basilique de Saint-Denis, premier instrument à en être pourvu), permit la naissance du vaste répertoire symphonique pour orgue. Et, dans une certaine mesure, continua à jouer un rôle dans l'esthétique néo-classique.

La traction électrique: l'appel peut se faire avec n'importe quelle forme de contacteur électrique (domino, langue de chat, tirant, bouton tactile). L'action est transmise par des fils électriques vers le moteur de registre qui est un électro-aimant à deux positions, ouvert ou fermé. Si l'effet est quasi immédiat, l'action de l'électro-aimant est toutefois brutale et sonore.

La traction numérique, quant à elle, utilise des signaux codés (système MIDI par exemple) pour commander les servomoteurs et électro-aimants et peut donc utiliser les possibilités offertes par l'informatique. La transmission peut se faire de manière filaire (câbles réseaux, fibre optique) ou sans fil, par Wi-Fi. Ce système commande toute la machinerie du grand orgue de tribune de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il est également employé par Daniel Kern pour gérer la console amovible de l'orgue du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg (Russie).

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